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Nov 24 2018

Jean Perrier de l’armée d’Armistice à l’armée secrète

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10/11 – Jean Perrier à reçu la Croix du Combattant Volontaire 39-45.

16/06/10 – Lorsqu’on croise Jean Perrier sur le chemin Miramont, pendant sa petite promenade matinale sur le haut d’Aubertin, on a du mal à imaginer que cet homme paisible à la voix calme et posée, a participé à des actions commandos particulièrement dangereuses au sein de l’armée secrète, en juin 1944. Pourtant dès l’âge de 17 ans, Jean Perrier participe à la préparation militaire au collège, et lorsque la guerre éclate en 1939, le Normalien de 18 ans s’engage dans la marine à Toulon. S’il est refusé à cause d’un souffle au cœur, il persiste dans son intention de défendre son pays et s’engage dans l’Armée d’armistice en janvier 1942 à Bergerac.

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05/11

Lorsque les Allemands envahissent la zone libre, le 11 novembre 1942, il doit rendre les armes avec son bataillon du génie, dans la cour de la caserne. Autour du commandant Adeline, le bataillon mis en congés d’armistice, chante alors une vibrante « Marseillaise » en tournant le dos aux Allemands… qui saluent. Depuis ce jour, lorsque Jean Perrier entend l’hymne national, c’est tout son être qui vibre et se rappelle le moment où le soldat de la France rend son arme à un ennemi qui lui prend sa patrie.  Jean Perrier refuse de se soumettre aux Allemands et se « planque » pour éviter d’être enrôlé dans le Service de Travail Obligatoire. Mais cinq mois plus tard, il est pris dans une rafle à la gare de Limoges. Le réfractaire au STO se retrouve au Cap-Ferret à la construction des blockhaus. Il est ensuite transporté en Normandie sur la base de lancement des V1, et continue de travailler par obligation pour l’armée allemande qui protège les côtes françaises d’un possible débarquement allié.

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07/11

Avec l’aide d’un ancien de l’Armée d’armistice qui travaille dans les bureaux de la Kommandantur, Jean Perrier profite de ses problèmes broncho-pulmonaires pour se procurer des faux papiers tamponnés de l’aigle, stipulant une affection pulmonaire contagieuse. Muni de ce sésame, il retourne se cacher dans son village, en réserve de l’armée secrète qui attend sa guérison. Jean Perrier se cache le jour et sort faire des footing la nuit pour garder la forme physique. Malgré une dénonciation, il est protégé par un brigadier de gendarmerie qui l’informe régulièrement. Le jour du débarquement, Jean a 23 ans. Un maquisard joue du clairon sur la place du village :

– « Ma mère me dit : prépare ton uniforme, tu emporteras le gâteau que je viens de faire pour ton anniversaire ».

Jean Perrier rejoint le bataillon « As de pique » de l’armée secrète en Corrèze. Sous le commandement d’un capitaine parachuté, ils marchent toute la nuit et encerclent Brive, une place forte allemande. Jean Perrier raconte sa guerre :

– « On a fait sauter des voies ferrées, des ponts, arrêté des « collabos »… Des missions spéciales pas toujours agréables. »

Son visage devient plus grave et ses yeux se baissent. Le long silence qui s’installe laisse la place au tic-tac de l’horloge, au temps passé que les combattants n’aiment pas raconter. Mais il poursuit :

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06/11 – Le 19 novembre 1944 à Vieille Verrière, la prise de la ville vaut une photo souvenir

– « On a capturé la femme du chef de la milice de Brive. Comme elle ne voulait pas parler, le capitaine a formé un bataillon d’exécution qui l’a mise en joue. Elle s’est évanouie. Il s’est passé des vilaines choses.. »

Le regard de Jean Perrier trahit l’émotion qui l’étreint… et la pendule revient, encore plus fort.

– « Le 15 août 44, on a libéré Brive. On est rentré dans la ville en pleine nuit pour prendre les gens de la Gestapo, mais ils étaient déjà partis. Dans les bureaux, on a pu voir les lettres de dénonciations et mesurer la lâcheté de certains. Plus tard dans la rue, j’ai croisé celui qui m’avait dénoncé ; il a eu très peur, mais je n’ai rien fait. Ensuite, on a formé le train R5 avec du matériel pris aux Allemands et on a participé à la libération de Saint Germain des Fossés.

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08/11

On est remonté rejoindre la première armée en Haute-Sâone où j’ai été incorporé au 5è Régiment des tirailleurs marocains. On a pris la province du Doubs, mais à Belfort on a eu beaucoup de pertes. J’ai reçu une balle dans la cuisse et mon copain a été blessé par un éclat d’obus. On a bataillé du matin au soir avec l’appui d’un char sur les bords de l’Ognon qu’on a remonté en marchant dans l’eau pour prendre les Allemands à revers. On a marché deux nuits, il faisait un froid de canard, c’était en novembre 44.

Un mois plus tard, j’ai été affecté au 18è régiment des tirailleurs sénégalais, puis en avril 1945 à Saint-Raphaël dans la sécurité militaire de l’infanterie coloniale. J’ai été démobilisé en janvier 46 pour devenir contrôleur des impôts. Je me suis marié avec Simone Gaymu, originaire de Saint-Faust, et à l’âge de la retraite on a fait construire à Aubertin sur un terrain de Jojo Capdebosq en juin 1973.

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09/11

Je suis profondément chrétien, je sais pardonner et j’en ai eu besoin, mais un jour j’ai failli passer en conseil de guerre. C’était dans la cour du Fort de l’Auriot. Les Allemands que nous venions de faire prisonniers refusaient de monter dans les camions. La veille, j’avais appris ce qu’ils avaient fait à 30 kilomètres de chez moi, à Oradour-sur-Glane et à Eyrein. J’ai tiré à leurs pieds pour leur faire peur. Le commandant m’a alors sévèrement réprimandé : « On ne tire pas sur des prisonniers ! »

La guerre reste la guerre, mais y a-t-il vraiment des règles ?

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Un autre habitant d’Aubertin s’est illustré pendant la guerre 39-45 à tel point que la liste des médailles militaires et civiles qui lui ont été remises en reconnaissance de son dévouement pour la patrie, est impressionnante. Nous aurons très certainement l’occasion de parler de Jean Cerézo.