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Nov 24 2018

Roman Thum prisonnier de guerre

La capitulation de l’Allemagne, le 8 mai 1945, entraîne la capture de millions d’hommes de l’armée allemande. Parmis eux, il en est un parmi tant d’autres qui se retrouve à Aubertin, pour travailler en captivité au Domaine Reyau. Il a gardé des contacts très amicaux avec les Aubertinois qui lui étaient proches durant sa captivité. Un mot qu’il écrit avec un point d’interrogation, tant cette période lui a parue paisible à côté des moments de guerre qu’il venait de vivre. Roman Thum a bien voulu, en quelques lignes, nous raconter sa captivité…

Captivité au domaine Reyau ?

Une partie de ma vie de prisonnier de guerre jusqu’au moment de trouver des amis nouveaux.

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C’est le 7 février 1945 que j’ai été blessé par un éclat d’obus au mollet de ma jambe gauche, près de Kristrin, à 10 kilomètres à l’est de Berlin. J’ai été évacué par le transport des blessés à Tübingen dans un hôpital militaire. Cette ville est tout près de la Forêt Noire.

Le 19 avril, arrivent soudain des soldats Français dans notre chambre, pour nous déclarer prisonniers de guerre avec toutes les conséquences que cela représentait. Entre-temps on m’avait enlevé l’éclat d’obus, appliqué un plâtre et équipé de béquilles.

Le 29 avril, on a prétendu nous transférer dans un hôpital pour blessés léger, au lieu de cela, nous sommes arrivés dans un camp de tentes à Mutrig, près de Strasbourg. On a eu quatre nuits glaciales à surmonter. Ensuite, on nous a transférés dans un train pour blessés en direction du Sud de la France.

Nous sommes arrivés le 5 mai à Bayonne, mais pour des raisons de sécurité, on nous a débarqué à la gare de banlieue de La Négresse. De là, on nous a envoyé ans un camp à 4 kilomètres, appelé « Camp de Polo ». Nous ne sommes pas resté longtemps les seuls habitants de ce camp, nous avons vu arriver 4500 Américains des camps de La Flesch et Le Man.

La vie au camp n’avait rien à voir avec les vacances au bord de la mer et après quelques mois, la vie devenait de plus en plus pénible et même dangereuse. J’ai décidé, avec mon ami Joseph Nevrosky de nous inscrire pour la prochaine équipe de travail à la ferme.

Le 13 septembre 1945, trois messieurs d’Aubertin sélectionnaient 13 prisonniers volontaires dont nous faisions partie. Avec ma maigre connaissance du français, j’ai réussi à faire comprendre à mon nouveau patron, J.B Bélandre s’il était possible que mon ami Joseph puisse rester avec moi. Après une courte conversation avec son beau-frère Jean Pédelacq, il a été d’accord, c’est ainsi que je fus aiguillé sur le chemin des amitiés que je connais aujourd’hui.

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Jeune homme en ce temps là, j’avais juste 18 ans, j’ai ressenti de nouvelles impressions semblables à celles que je vivais dans la ferme de mes parents. Après tant de jours pénibles passés sur le front, dans les hôpitaux, les transports et les camps, je retrouvais une vrai vie de famille dans laquelle j’ai tout e suite été intégré.
Amoureux de la nature, j’éprouvais un sentiment de bien être dans ce paysage sublime où la vue s’étend du village d’Aubertin jusqu’à la chaîne des Pyrénées. Tous les gens que je côtoyais étaient particulièrement gentils et aimables.

Le travail journalier se faisait en équipe avec Jean Bélandre d’Artiguelouve, j’ai toujours essayé de faire au mieux mon devoir. En parallèle, un autre apprentissage m’a fait connaître deux langues étrangères : le Français et le patois Béarnais…

J’avais déjà appris à bordeaux que la vigne était une culture prioritaire, j’ai compris à Aubertin, la signification de la valeur et de la qualité du jurançon. J’ai appris à l’aimer et je l’aime encore aujourd’hui . Je pense avec plaisir au temps que j’ai passé au domaine Reyau et aux événements heureux qui se sont déroulés tout au long de ces années. Encore aujourd’hui subsistent des relations étroites et amicales avec les trois générations de ce temps là. Je remercie tous ceux qui me sont chers et également ceux qui ont disparu depuis.

J’ai été officiellement libéré de ma captivité le 27 novembre 1947 et je suis entré le même jour dans le système des travailleurs libres. Je suis reparti dans mon pays la veille de Noël, le 24 décembre 1948.

Roman Thum
Le 25 mars 2010