«

»

Déc 02 2018

Victor Metge n’a jamais vu Alger !

Victor Metge a quitté l’Allemagne d’occupation française où il faisait son service militaire, pour rejoindre l’Algérie à la fin de l’année 1955, dans le 29e bataillon de chasseurs à pied. En deux ans, il n’a jamais vu Alger…

« On est arrivé le 25 décembre à Sétif en se disant qu’on allait fêter Noël, mais il a fallu vite plier bagage. On est parti en direction des gorges de Kherrata et en route, un GMC est tombé dans le ravin. Je ne sais pas s’il y a eu des morts ou des blessés. En arrivant dans la vallée de la Souman, on est tombé sur neuf cadavres égorgés. Un règlement de compte entre le FLN et le MNA. Là, je me suis demandé ce qui m’attendait ! En plus il faisait froid et il neigeait. Rien de ce que l’on peut attendre d’un pays d’Afrique.

On faisait des opérations dans la vallée et on rentrait dormir à la gare de Bougie (Bejaïa de nos jours). Avant que le Général Bigeard nous envoie les hélicoptères qui étaient réservés aux pontes, on recevait les ravitaillements avec des bourricots. Dans le Djebel, il n’y a pas de pistes, il nous fallait 3 à 4 heures de marche pour le récupérer.

Un jour, dans la Vallée de la Souman, on est tombé dans une embuscade. On était neuf, il y a eu deux morts et des blessés dont un est handicapé de nos jours. J’ai reçu une balle, mais lorsque tu vois tes copains morts, une blessure par balle c’est rien.

J’ai vu des atrocités, des choses horribles qui étaient cachées par le gouvernement aux Français. Mais un évènement particulier nous a terriblement choqués à tous.

On était toujours sur le qui-vive. Un jour, on a tiré sur des fellagas. C’étaient des enfants d’une dizaine d’années. 

On en a blessé deux, le troisième n’a rien eu. 

Ils étaient assis dans leur sang en face de nous en nous regardant dans les yeux. Aucun d’entre eux ne pleurait. Ils ne parlaient pas. Ils nous regardaient. Le premier avait reçu une balle dans a jambe, le second à la hanche.

Personne n’a dormi pendant trois nuits, jusqu’à ce qu’un hélico les transporte à l’hôpital. Le troisième n’a pas retrouvé ses parents, il est revenu pour rester avec nous. Cette mésaventure nous a profondément marqués. Comme pour nous faire pardonner, on s’est pris d’amitié pour lui. Plus tard, le capitaine l’a ramené en France. On l’appelait Mouloud. »

Témoignage de satisfaction à l’ordre du régiment :

Victor Metge a fait preuve au cours de toutes les opérations, de courage, de bonne humeur et d’un état d’esprit d’équipe. A contribué par son efficacité aux bons résultats obtenus par son unité.

Cette citation s’accompagne de la médaille commémorative des opérations de sécurité et de maintien de l’ordre en AFN.