Guerre pour le bois du Larrincq entre Monein et Aubertin

14/02/11 – C’est une véritable guerre à laquelle se sont livrés au XVIè siècle, les habitants de Monein, Lasseube et Aubertin. Ils se disputaient le bois du Larrincq dans lequel ils pouvaient trouver des pacages pour leurs bestiaux, des fougères pour faire du fumier et du bois pour se chauffer ou construire. Un procès opposa Monein aux deux autres communes.

“En l’audience du Conseil se tenant au Château de Pau le dernier jour du mois de juillet 1566, les gens de Monein disent qu’autrefois et ici même, un procès avait eu lieu entre le Procureur Général de la Reine et certains habitants de Lasseube et de Monein. Ceux-ci se reprochaient mutuellement d’avoir été empêchés d’exercer les droits qu’ils disaient avoir sur le bois, herm et territoire du Larrincq. A la suite de quoi des excès avaient été commis. La sentence fut prononcée le 19 décembre 1552.”

Par cette sentence, les prévenus auraient été respectivement condamnés à payer certaines amendes au fisc. Il aurait été fait “… inhibition et défense aux “voisins” de Lasseube, sous peine d’être pendus ou étranglés, d’aller faucher de la fougère et de couper du bois dans le territoire de Monein et le bois du Larrincq, et d’user d’autre droit que de la servitude de pacage qui leur avait été autrefois accordée dans les lieux limités par la fontaine de la “Torre” et les bornes auparavant posées.” 

Dans cette sentence, il était aussi dit que sur ces limites, seraient érigées des fourches pour punir les contrevenants à cette sentence.

Cette sentence fut exécutée et les fourches mises en place.

Malgré cela, les habitants de Lasseube, ne craignant ni Dieu ni la justice, n’auraient cessé de contrevenir à cette décision, allant faucher et couper dans les territoires et bois du Larrincq au delà des bornes existantes. Ceux de Monein auraient été alors contraints de présenter une requête devant la Chambre pour qu’une enquête soit faite sur cette contravention mais aussi sur les vols et dégradations commis dans les mêmes lieux par les voisins d’Aubertin et certains particuliers de ce lieu parmi lesquels un nommé Caufaper (Cauhapé !) Cette requête fut confiée au Seigneur de Puy, conseiller qui s’informa secrètement sur les prévenus.

“Il résulta de cette enquête que ces mêmes prévenus, contrevenants à ladite sentence, se seraient transportés dans le territoire du bois du Larrincq, qu’au delà des limites autorisées ils auraient coupé et fauché, que certains d’entre eux étaient armés d’épées, de lances, d’arquebuses et autres armes, et que d’autres pour ne pas être reconnus portaient des masques ou des couvertures sur leur visage. Des habitants d’Aubertin se seraient également transportés dans ce même lieu, auraient dévasté et dégradé ledit bois et maltraité les gardiens que Monein y avait mis.”

En conclusion les habitants de Monein demandèrent que ceux de Lasseube et Aubertin et ainsi que tout autre délinquants soient condamnés aux peines prévues selon le droit et le for. Et que pour les dommages particuliers qu’ils avaient subis, ils demandèrent que les habitants de Lasseube soient condamnés à payer : “… En commun ou en particulier et ainsi qu’en décidera la Chambre, une somme de 10 000 écus à Monein, et que ceux d’Aubertin soient condamnés à payer pareille somme.”

Les Moneinchons seraient restés les vrais maîtres et possesseurs du bois du Larrincq.

“Ils en prennent et reçoivent tous les fruits et y font tout autres actes possessoires. Ils l’ont protégé et défendu contre les “voisins”, manants et habitants d’Aubertin et autres circonvoisins. Quand ils les y ont trouvés coupant ou fauchant, ou ayant coupé ou fauché, ils les ont saisis, et leur ont pris les outils et les vêtements qu’ils portaient sauf la chemise et la bourse.”

Sachant cela, quand les gens d’Aubertin ont voulu aller couper et faucher, ils se sont mis en chemise ou ont porté des vêtements déchirés, et quand ils trouvaient quelqu’un de Monein ils s’enfuyaient de peur d’être saisis.

“En outre, lesdits de Monein ont pris l’habitude de mettre en défens certains parsans dudit bois, herm et territoire, quand bon leur a semblé, tant pour la fougère et tuie que pour les arbres qui s’y trouvent. Quand il leur a plu de couper du bois pour se chauffer ou construire, ils l’ont fait comme bon leur a semblé et l’ont fait savoir. Tout ceci a été fait de façon publique et manifeste, pacifiquement et sans contradiction de personne.”

Les habitants de Monein font garder leurs bois par douze personnes qui viennent chacun à leur tour. Cette garde de douze hommes est communément appelée “le bâton de Monein”. Ceux-ci surveillent le bois et le territoire pendant deux ans : ” … de la même façon qu’ils surveillent les autres bois et herms de ladite ville…”

Ces faits qui sont issus des archives communales de Monein ont été traduits et retranscrits en 1772 par l’abbé Bonnecaze, prêtre de Pardies, dans un ouvrage intitulé :

Histoires particulières des villes, bourgs et villages principaux du Béarn.