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Oct 29 2019

21-Baudorre-Laplume

25/02/10 – Aller voir Anna et René Baudorre-Laplume pour glaner quelques renseignements sur la vie du village, est un véritable plaisir. Dans la cour, les poules vous accueillent au pas de la porte souvent ouverte, même par grand froid, Anna et René sont dans la cheminée, où brûlent toujours deux ou trois bûches à même le sol. Le sourire qui quitte rarement leurs lèvres va s’agrandir immédiatement en voyant la vieille enveloppe qui contient des photos jaunies par le temps.

 

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01/07 – Chacun sa place dans la cheminée.

02/07 – La loupe est sur la table, indispensable instrument du quotidien pour ce retour en arrière qui commence. C’est là qu’il faut être attentif et prêt à intervenir, car chaque photo déclenche une série d’anecdotes au fur et à mesure que défilent les images ; les souvenirs et les années sont balancés en vrac, comme ça vient. « Ça c’est Victor Baudorre ! Il a fait la grange ici avec Pierre, mon père. Les deux charpentiers gagnaient 25 francs par jour, c’étaient des ouvriers qualifiés. Le maçon gagnait 8 francs et 9 pour Louis Bascougnet, le père d’Alexis ».

03/07 – « Le charron, c’était Pierre Laffargue, il faisait quand même ses deux jougs par jour, il avait une sacrée habitude. Tiens, viens voir. J’en ai à la grange. » Dans la grange que son père a bâtie avec Victor, il n’y a plus de vaches depuis longtemps, le tracteur du fils est dans la cour. René Baudorre-Laplume montre les jougs derrière les rateliers de foin. « Attend ! j’attrape l’échelle. » Il fallait pas s’attendre à cet instant à le revoir venir avec une échelle en alu de Casto. Celle-là, elle est en chataignier fendu sur la longueur pour les montants et percée tous les 30cm pour emboutir les barreaux, effilés à la hache. En moins d’un rien, voilà mon René en haut qui essaie de sortir un joug du bardas. Il y en a au moins trois au milieu de tas d’autres choses. Anna s’inquiète de voir son René faire le jeune là haut. « Fais attention ! » Lui : « Mais oui ! » Moi, j’aurais bien aimé faire une photo, mais je tenais l’échelle et le bonhomme qui penchaient dangereusement vers moi.

IMG/jpg/Sans_titre_22-5.jpg 05/07 – « C’était pas un panier à fabriquer ! Il fallait pas manquer un coup de hache », dit-il en remontant son pantalon. Pas n’importe comment, d’un coup à gauche et d’un coup à droite, comme l’aurait fait un titi parisien. Non ! Lui, il défait sa longue ceinture, déboutonne largement le falze, remet tout bien en place et d’un geste auguste du semeur, (évidement, la ceinture est longue) enfile la boucle dans le trou habituel… bien plus grand que les autres. Il fait ça souvent, René, c’est un peu sa façon de marquer la virgule lorsqu’il cause. « Et puis il y avait les longues lanières en cuir. Anna joignait les bœufs toute seule ». Elle : « Je suis sortie de l’école à 12 ans, il n’y avait pas de domestique chez nous. »

04/07 – « Attrape celui-là, c’est un joug pour les vaches. Il était plus grand celui des bœufs pour semer le milhoc, pour que le bœuf marche au milieu de la rangée. » Anna revient avec « l’escoube », et s’active à redonner un meilleur aspect à l’instrument de labour, tout en dispersant quelques coups sur les manches de René.  » Quand le charron arrivait à la ferme, il commençait par tailler le billot de noyer, orme ou bouleau c’était selon, en quatre faces. Après il fallait tracer douze lignes et attaquer à coup de hache et de gouge pour faire les paumelles. »

IMG/jpg/Sans_titre_22-5.jpg 07/07 – « J’ai été conseiller municipal de 1953 à 1989 avec trois maires : François Cassieula, René Camy et Lucien Hondet. A la fête en 1989, on nous a remis ce diplôme avec Auguste Bésinau. » Pendant ce temps, Anna ouvre le courrier : « Ça va René ! Les analyses sont bonnes, c’est bien redescendu ! »