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Oct 30 2019

30-Entrain d’Aubertin 1

25/03/10 – L’Entrain d’Aubertin, ou la belle histoire d’un ballon de football

J’ai débarqué à Aubertin en 1947 dans les bagages de l’abbé Cabanne qui venait d’être nommé curé de la paroisse. Il arrivait d’Arudy avec une réputation de prêtre moderne et fédérateur. Il s’occupait du « Patro St. Michel » ( club de foot., fleuron à l’époque, du footall régionnal)

– « Et si on essayait de faire quelquechose à Aubertin ? »

Pays de coteaux, trouver un terrain plat pour y construire un terrain de foot, cela paraissait impossible. A l’écart du village en sommet de colline, un agriculteur, Justin Peyroutet, veut bien prêter un terrain. Il y a du travail mais avec des bénévoles, des boeufs, des charrues, des brabans on aménage un « terrain »…. de fortune.

On monte un club de foot qui se nommera « l’ENTRAIN », tout un programme. Quelques années plus tard, Jean Bruno, journaliste local, écrira : « Un petit homme rasa une colline pour faire un terrain de foot ! »

Les premières licences datent de 1948, tous les hommes valides étaient recrutés et me voilà roulant sur ce terrain pentu et cahotique. Peu importe, on s’amuse. La plupart de ces jeunes et moins jeunes n’avaient jamais tapé dans un ballon, il y en avait de doués et d’autres pour qui c’était une prouesse de me contrôler. Souvent je dévalais la pente et il fallait arrêter le match pour me récupérer dans les « touyas » environnants.

Parallèlement au foot, l’abbé Cabanne créé une troupe théâtrale et une clique. Avec l’une et l’autre il se déplace dans les environs à l’occasion de fêtes, ou pour récolter de l’argent dans un but que l’on appelle aujourd’hui « solidaire ». Le village vit autour de toutes ces activités, peu de familles sont restées en dehors. D’ailleurs, ce n’était pas possible, l’Abbé était tellement convainquant.

En 1958, je suis mis au repos (moi le ballon). Le foot a une baisse de régime. La nature reprend ses droits sur le terrain. Dans un coin du presbytère je piaffe d’impatience l’Abbé aussi, cela ne peut durer, il faut faire quelque chose.

En 1961, bulls et camions entrent en jeu pour remettre le terrain en état. Là aussi j’ai vu passer de nombreux bénévoles qui venaient d’un peu partout. L’Abbé était très connu dans la région et au-delà, et savait à quelles portes il pouvait frapper pour trouver de l’aide. En attendant, nous nous entraînons sur l’esplanade du Château de Navailles, terrain (à peu près plat) prêté par la famille propriétaire (le château est alors à l’abandon).

En 1961, c’est le démarrage officiel et l’abbé créé la « Coupe des Vignerons », compétition réservée aux équipes rurales. Cette coupe sera le tremplin avant la montée en district pour de nombreuses équipes actuellement encore en lice (Arbus – Artiguelouve – Ledeuix – Simacourbe – Taron – Foyer espagnol – Portugais de Pau etc …) Des vestiaires sont construits (enfin des douches !) Une tribune sommaire et plus tard, des projecteurs feront leur apparition pour l’entraînement nocturne.

Petit à petit, l’Entrain fait son trou, possède 2 équipes seniors et une école de foot le samedi (une quarantaine de jeunes de 5 à 16 ans). L’abbé recrutait les futurs joueurs au berceau, ou tout au moins lors du baptême… Tout cela avait un coût : il fallait faire fonctionner le club. L’abbé avait créé un élevage de volailles dont « les retombées » alimentaient en grande partie le club. Chaque année en fin de saison, se déroulait sur le stade la fête du foot qui draînait 300 enfants. Les frais d’inscription des clubs avec la vente de crêpes, sandwiches (bien arrosés) mettaient du beurre dans les épinards et là encore, les bénévoles étaient largement mis à contribution. Ils râlaient un peu pour le principe, mais pas question de rechigner ; de même pour l’entretien des terrains (car on s’était agrandi avec le succès). Le progrès aidant, je fus utilisé seulement pour les entraînements et remplacé par un ballon plus moderne et de marque…. (Chut ! pas de publicité) .

L’équipe dirigeante (pour raisons de santé, l’Abbé avait passé la main) a inscrit une équipe en District des Pyrénées. Démarrage en 1982/83 en 3ème division.
De bons joueurs, de bons dirigeants, de bons entraîneurs, une bonne ambiance, un bon ballon, il n’en faudra pas plus pour gravir les échelons et arriver en 1998 (année du cinquantenaire du Club) en 1ère Division de District. L’apogée pour l’Entrain, le toujours bien nommé.

Revenons en arrière, début 1990, le terrain d’Aubertin n’est plus aux normes de la Fédération, il faut trouver une solution.
Notre voisin et ami Saint Faust, a perdu son équipe mais possède un magnifique terrain. Aubertin a des dirigeants, des joueurs, dont certains issus de St-Faust…. accord moral conclu avec Jean Claude Labat, maire, et voilà l’Entrain sauvé. En 1991, après une longue maladie, l’Abbé Cabanne décède. Quelques jours avant, sur son lit d’hôpital, il a le plaisir d’apprendre que « SON » club continuait sur le terrain de St-Faust.

Juin 1992, verra l’inauguration d’une stèle en souvenir du serviteur de l’Entrain.

Juin 1998, l’ENTRAIN célèbre ses noces d’or (50 ans). Match des anciens, (on sonne le rappel, et on me fait participer, je n’attendais que ça) : fête des enfants, le tout terminé par une belle soirée à la maison pour tous en présence des personnalités, des bienfaiteurs, et des amis de l’Entrain.

Le club se maintient mais il y a une ombre au tableau, les effectifs de jeunes réduisent (le foot est en concurrence avec trop de nouveaux sports plus attrayants), donc pas de relève pour l’avenir, les exigences de la FFF sont de plus en plus dures, les finances ne peuvent plus suivre. Notre voisin Artiguelouve est dans le même cas. Une fusion des deux clubs est la meilleure solution. Le nouveau club Artiguelouve-Aubertin continue son chemin jusqu’à la fusion avec Arbus, et le « FC 3 A » est né et vit encore.

Voici un petit résumé de cet ENTRAIN qui a marqué la vie du village. Beaucoup se souviennent des bons moments passés ensemble (les 3èmes mi-temps) mais aussi que de stress le long de la touche… Moi aussi, petit ballon, j’ai terminé ma carrière en 1998, tout cabossé, avec des stigmates sur ma cuirasse, mais j’ai tellement de bons souvenirs ….

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