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38-Laurent Loustalot-Héroulet, au pied levé

04/04/10 - "Lorsque les cloches ont sonné en 1939, Jean Pédelacq est venu voir ma mère. Il avait à peine cicatrisé les traumatismes de 14-18, qu’il lui faudrait repartir pour une autre guerre !"

Laurent Loustalot vient de s’asseoir lorsqu’il commence à raconter. Il vient juste d’ôter une chaussure qu’il apprécie déjà cet immense soulagement ; lorsqu’à la fin d’une journée bien remplie, les doigts de pieds s’écartent, enfin libérés.

"Il est venu demander si je pouvais aller m’occuper de sa mère malade pendant son absence - Vas-y - m’a dit ma mère - Tu reviendras dimanche pour le change - J’avais 12 ans, pour moi l’école était finie. Jean Pédelacq m’a expliqué ce que j’avais à faire, puis il m’a montré mon lit. Chez Pédelacq, j’y suis resté deux ans, puis je suis parti travailler chez Poumet. C’est la petite ruine en face, où Michèle Rojas avait ses chevaux. Là aussi, j’y suis resté deux ans, à tout faire. En fait, mon rêve était de devenir forgeron, mais j’allais à droite, à gauche, gagner quatre sous sur les terres des autres, à faire le travail que personne ne voulait, la pompe à sulfater sur le dos toute la journée."

Laurent se lève alors et saisit la bouteille sans étiquette sur le buffet. Il boite un peu Laurent... mais rien de grave, ni sciatique ni crampe... il n’a qu’une seule chaussure.

"C’est le dernier que j’ai fait en 2006, du gros Manseing, goûte ça."

C’est rond comme un ballon de l’Entrain au goût de miel, avec juste ce qu’il faut de tanins de bois. Un régal.

"Quand j’ai appris que l’entreprise qui allait installer l’électricité au village cherchait des employés, je suis allé voir le maire. Monsieur Camy m’a aussitôt inscrit... en haut de la liste. Je suis rentré chez EGESO : Entreprise Générale d’Electricité du SO, au plus bas de l’échelle. J’entendais les autres parler de Q1, Q2 ou Q3 selon leur qualification, moi j’étais manœuvre, Q zéro... Six ans après j’étais Q3 et puis responsable d’équipe, 22 ans durant."

Il esquisse un petit sourire du coin des lèvres, tout en ramenant la godasse dessous la chaise, d’un habile petit crochet du footeux qu’il fut du temps de l’abbé Cabanne.

"J’étais le plus jeune d’EGESO, mais j’ai réussi à me faire obéir en expliquant ce qu’il y avait à faire. En 1979, j’ai perdu ma femme d’un cancer du sein. Albert avait 21 ans, Pierre 18, Odile 15 et Maryse 12 ans. Ce fut une période très pénible pour tout le monde, je n’avais plus un sou car j’avais tout investi dans la grange des veaux. En 1980, j’ai remplacé Monsieur Mousques, le cantonnier  qui avait pris sa retraite. Ce supplément de salaire m’a permis de m’en sortir."

Un long silence s’ensuit, où chacun regarde son verre comme pour entrevoir dans le fond de blanc, le temps pas si lointain où les enfants étaient "placés".

"Quand je pense que mon père a élevé ses cinq enfants en faisant des fagots..."

Et oui... atau qu’ey e qu’ey atau ! Allez Laurent, tu peux enlever l’autre maintenant...


    01/07 - La simple vue d’une vieille photo, suffit pour déclencher l’évocation de souvenirs.