16/11/10 - J’ai 96 ans et je n’ai jamais vu un docteur de ma vie. Je ne pèse pas beaucoup, mais je suis toujours solide. Toute ma vie j’ai travaillé comme un galérien. Ici, il y avait des cerisiers partout, 5 variétés qui donnaient du 15 mai à fin juillet. Il y avait aussi des prunes Reine-Claude, des pêches et des pommes que je vendais au marché avec quelques légumes. Loustalet faisait le transport trois fois par semaine. Je savais m’y prendre au marché, j’allais d’abord voir les primeurs avant d’aller sur le carreau des halles, je vendais toujours un peu moins cher que les autres, mais je ne ramenais rien à la maison. J’avais tellement de travail que je n’ai jamais eu le temps d’aller à l’auto-école à Pau ou à Oloron. Quand je revenais du marché, j’avais juste le temps de manger, qu’il fallait ramasser les fruits ou faire les foins...
Lorsque je me suis marié en 1950 avec Marie-louise Larrague, la maison était prête à tomber. Elle était toute basse, les toits étaient troués et lorsqu’il y avait tempête : la charpente bougeait et il fallait faire attention aux ardoises qui volaient. Avec ma femme qui avait un an de moins que moi, on n’a vécu que treize ans ensemble, elle est morte très jeune.
Petit, j’allais à l’école à Lasseube, l’école d’Aubertin était trop loin, car on y allait à pied, mal vêtus avec des sabots, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il fasse froid. C’était très arriéré, il n’y avait aucun transport. Le pain, il fallait aller se le chercher à plusieurs kilomètres, et c’était pas du pain de luxe, c’étaient des pains de 4 kilos. C’était la misère ! Pas de retraite pour les vieux, pas de "familiale" pour les cinq enfants. On n’avait rien ! Le peu de réserve qu’avaient nos parents : c’était pour le docteur.
Il y avait souvent des maladies. Ma mère avait attrapé la grippe, après ce fut le père, puis ma mère rechuta. Finalement elle en est morte. Le premier des enfants avait 11 ans, ma sœur 9, moi 7 et la dernière 3 ans. Mon père a du se débrouiller pour élever les enfants, je ne sais pas comment on se sauvait ?
Quand j’ai été mobilisé en 1940, mon père est resté seul pendant la guerre. A l’inverse de mon frère, je n’ai pas été fait prisonnier. Je suis rentré avec mon père travailler la propriété. Mon père gardait ses sous dedans, il ne les plaçait pas à la Caisse d’Epargne comme moi. J’ai été domestique pendant dix ans. A la fin de la guerre, on a fait un règlement de famille et je me suis mis à reconstruire la maison. J’avais beaucoup de courage et j’ai toujours conservé le patrimoine.
Après les vendanges, je taille les vignes et je les lies avec mon fils qui m’aide. Ça m’amuse. J’ai eu des grippes négligées mais j’étais toujours solide, maintenant je n’entends que de tout prêt. Pour la télé, il faut que je m’approche. On m’a demandé 5000€ pour un appareil auditif, mais non de non ! Je crois que je vais attendre un peu plus !
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01/09
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