Publié le lundi 31 janvier 2011 à 12:00
30/01/11 - "Alors, ces vaches d’Aubertin ? Où vous en êtes ?"
Voilà une question qui nous revient aux oreilles depuis plusieurs semaines. Tout le monde veut connaitre la suite des vaches de Penen qui sont toujours dehors. (lire l’article)
Pas un jour ne passe sans qu’on nous pose la question.
Puisque cette histoire de vaches fait un véritable "buzz" sur internet. Puisque cette histoire de vaches en folie vous intéresse, voici donc la suite.

On en était resté aux dernières courses de la mi-décembre, avec un redoutable cheptel de coursières brillantes et rapides, qui passent sans saluer le public... Depuis la mort de leur maitre, les mammifère ruminant de la famille des bovidés apte à la reproduction, élevées à la fois pour leur lait et pour leur chair, consommée sous le terme de viande de bœuf, (Il est des précisions qui vous glacent le sang...) battent la campagne, un jour ici, l’autre là, allant au gré de leurs humeurs versatiles, sans respect aucun pour les clôtures, aux risques et périls d’une municipalité qui, faute d’héritiers désignés, supporte involontairement les vagabondages de ces demoiselles. Et qui ! Au 12 décembre dernier, étaient toujours dehors !

Le maire, dans un énième soupir fait remarquer qu’il passe plus de temps à régler ce problème de vaches qu’à s’occuper des administrés. Il décide après Noël, de prendre le taureau par les cornes. Répondant à la proposition d’un négociant en bestiaux que cette histoire aiguillonne, il lui donne carte blanche :
- "Je vais essayer de vous les rentrer, moi ces vaches, c’est pas compliqué : il faut de la patience et de la méthode. J’ai mon plan."
Le volontaire double les clôtures du champ et invite le taureau de Bonnabeau accompagné de madame, ses deux sœurs et leur fille à passer le réveillon avec les vaches de Penen. Les présentations faites, les vœux souhaités sous le gui, les bises à minuit pétante, la situation s’apaise. La cohabitation est idyllique. Difficile de faire mieux que celle de Mitterrand et Chirac, mais on s’en approche, c’est pour dire si la situation parait bien emmanchée ! On n’a jamais vu mieux.
Ça fait plus de dix jours que les Penen et les Bonnabeau vivent ensemble et il n’y a pas eu un seul problème à signaler à la mairie. Pas de chamaillerie, pas un mot plus haut que l’autre, pas d’escapade nocturne, "arrêt". Le rêve.
La stratégie du courtier peut donc démarrer. En fait, elle est d’une simplicité déconcertante sa tactique. Maintenant qu’ils se connaissent bien, les Penen vont suivre les Bonnabeau jusqu’à chez eux et le tour est joué. Ils se retrouveront pour une bonne bouffe d’ensilage, une sieste ruminante et en voiture dans la bétaillère.

Un dimanche matin donc, Joseph Bonnabeau se pointe, ouvre la barrière et, le taureau en tête, tout ce beau monde prend la route en suivant la boule de foin qui pendouille au cul du tracteur, direction le chemin Miramont à droite.
Erreur votre honneur ! Les vaches de Penen, en sortant du champ, ont toujours tourné à gauche vers chez Mitterrand. Mais pas à droite Chirac. Sur ce, les deux familles qui cohabitaient si bien se séparent et chacune trace sa route.
Mais, faut pas prendre le négociant en bestiaux pour un con ! Il avait prévu la deuxième solution dite "défense élastique". Elle relève du principe d’économie et de concentration des forces.
La défense élastique, c’est d’abord l’aménagement du terrain, en première ligne, mais aussi à l’arrière. Dans un contexte de guerre de tranchées, des bastions, redoutes, positions fortifiées, équipés de bâtons à pointes sont installés. À l’arrière, les moyens sont mis en œuvre pour organiser le casernement des réserves et leur déplacement rapide sur les différents secteurs du front.

Notre maquignon n’avait pas lésiné sur les troupes. Un véritable bataillon était en place, venu de tout le Béarn : Rébénacq, Viellenave d’Arthez et autres lieux, qui a rejoint les forces vives d’Aubertin. Ils étaient dix neuf, prêts à en découdre avec ces putains de vaches !
Pardon, excuses plates, mais ça calme. Faut comprendre qu’au bout de trois mois, les nerfs peuvent céder un peu.
Les Bonnabeau arrivent donc chez Jojo Capdeboscq pendant que les Penen sont déviées vers la Maison pour Tous par le premier bataillon. L’allure s’accélère et une jonction s’opère place Bitaillou alors qu’une vieille abdique au tennis, rend les armes, se couche et rumine. Le reste du troupeau descend chez Marsaguet et remonte à travers bois chez Gay.
Le marchand de vaches rassemble ses troupes qu’Emile Bascourret et Didier Tiret trimbalent en vrac dans les véhicules, pendant que Jérôme et Serge Dupouy démontent la gigantesque barricade installée devant chez Penen au cas où.

- "Quoi ?"
- "On sait pas ! Pareil, elles venaient par là et elles rentraient à l’étable."
- " C’est facile de critiquer, t’avais qu’a venir toi, au lieu de raler !"
Faut pas chatouiller les susceptibilités en ce moment ! Ça se vexe vite au village. La moindre phrase, le moindre mot vachard de travers est interprété, irrite et contrarie.

On se retrouve tous chez les frères Gay qui ont vu partir les bêtes chez Cuenca ! Puis à Lacommande, puis chez Cuenca, puis encore à Lacommande.


Le taureau et les vaches de Bonnabeau rentrent tranquillement avec Joseph, mais les Penen sont portées disparues.
Lorsque les troupes pour la contre-attaque sont rassemblées, le défenseur prononce la contre-offensive pointe après pointe avec le maximum de ses réserves afin d’obtenir un rapport de force favorable sur le point de la contre-attaque pendant que le reste des unités ennemies s’embourbe.


Mais c’est notre troupe qui fatigue.
Il est tard.
Elle abdique, rentre chez elle, la queue entre les jambes.
Pas fiers, le lendemain matin, on se retrouve à la mairie. Emile Bascourret est "Toutenkaki" avec les jumelles autour du coup, prêt pour l’avis de recherche, mais André vient de les voir :
-"Elles sont toutes rentrées chez Penen, les vaches"
Le maire Boillot jusqu’à la lie.

- J’en ai assez de ces vaches, je vais appeler le service vétérinaire. Qu’on en finisse !"
Mais le beau-frère ne veut pas de ça, il veut tenter une dernière expérience avec Serge.
Jean Lalanne porte un tablier bleu lorsqu’il va retrouver les vaches de Penen. Bizarrement, elles s’approchent de lui. L’une d’entre elles vient même manger dans le seau qu’il tient en main.
Est-ce la couleur bleue que Jean Vignau Penen portait toujours qui les rassure ?


Serge et Jean demandent au maire de prendre un arrêté pour interdire la circulation sur le chemin Miramont que les vaches doivent traverser pour rentrer à la ferme.
Il faut qu’elles traversent sans risque pour rentrer toutes seules.
- "Un arrêté de deux jours pas plus !"
Tous les soirs, Serge et Jean dispersent la nourriture sur la route jusqu’à l’étable, comme le Petit Poucet semait ses cailloux.
Ils se planquent derrière le portail rouillé en regardant à travers le trou de la serrure, une ficelle à la main prêts à le refermer.
Ils attendent.
Un jour.
Deux jours !
Après plusieurs heures de patience, les deux lascars voient rentrer le troupeau dans la cour, petit à petit.


La porte se referme sur l’histoire des vaches de Penen.
Elles auront fait parler de lui pendant quatre mois, plus que durant toute sa longue vie.
Quel fantastique hommage, ses vaches auront rendu à ce paysan solitaire et reclus, vivant comme un ermite à la limite de l’homophobie.
Elles ont réussi à le faire vivre encore quatre mois de plus, comme si elles voulaient rétablir un déséquilibre. Celui d’un homme sans histoire et sans parole.
Maintenant, le notaire peut désigner l’héritier...