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La guerre de Ruth Peyroutet en Allemagne de l’Est

17/02/10 - Ruth Sussmuth est née le 1er septembre 1928 à Cottbus, à environ 125 km au sud de Berlin. Prise en tenaille entre Russes et Américains, cette partie de l’Allemagne est passée à l’Est en 1949 dans la nouvelle RDA. Dans un récit poignant, Ruth Peyroutet qui a plusieurs fois cotoyé la mort, raconte son parcours. Le décès prématuré de sa mère, les bombardements, les persécutions de sa belle-mère, une tentative de passage à l’ouest avortée, l’occupation Russe, la fuite en Angleterre, la rencontre avec Albert Peyroutet et enfin son arrivée à Aubertin. Elle a accepté de publier ce récit que nous vous proposons de découvrir sous forme de feuilleton durant les dix jours qui viennent.

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Ces pages n’ont pas été écrites pour émouvoir ni pour faire sensation. Elles sont un simple témoignage. Je considère que j’ai eu une enfance parfaitement normale. J’étais la plus jeune de trois. Egon, l’aîné, est né le 10 avril 1921, à Peitz. Puis est venue ma sœur Edith, le 7 décembre 1923, à Eichwege, où ma mère était en visite chez ses parents. Moi, je suis arrivée à retardement, le ler septembre 1928, à Cottbus. Entre Edith et moi, un petit garçon, né le 16 novembre 1926, aurait dû s’appeler Erwin. D’après ma mère, il n’a vécu que deux heures, et il a été déclaré mort-né.

La maladie et la mort de Maman

Maman a été longtemps malade. Elle est restée trois mois à l’hôpital. Le jour de son retour à la maison, je me suis couchée à côté d’elle et je suis restée là blottie jusqu’au soir. Sa jambe n’était pas encore complètement guérie. Deux fois par semaine, il fallait retourner à l’hôpital pour renouveler le pansement. Il ne passait pas d’autobus ni de tramway dans notre quartier, et Maman ne pouvait pas encore monter à bicyclette. Alors, on la mettait dans une petite charrette. D’habitude, c’est Egon qui la tirait, avec le chien attelé devant.

Enfin, Maman a été guérie, mais sa jambe était devenue plus courte que l’autre. Cependant, avec une bonne semelle, elle pouvait remarcher ! Un an après cet accident, Maman s’est sentie très fatiguée. Sa rate commençait à gonfler. Après quelques examens et radios, le diagnostic est tombé : elle avait une leucémie. Les visites à l’hôpital ont recommencé pour un traitement par rayons, et les séjours se sont faits de plus en plus longs. Cela a duré un an, puis elle s’est sentie de nouveau très faible. On nous a appelées d’urgence à l’hôpital, ma sœur et moi. J’avais neuf ans et demi. Maman savait qu’il n’y avait plus rien à faire pour elle, et elle a souhaité rentrer mourir à la maison.

Nous, les enfants, nous savions très bien ce qui se passait. Un temps très pénible a commencé pour nous tous. Une mère mourante luttait contre la douleur, dans un combat sans espoir ; les enfants se disputaient. Maman avait fait installer son lit dans la salle commune pour pouvoir participer un peu à la vie de famille. Je n’oublierai jamais le jour où elle a demandé un couteau : elle voulait se le planter dans le ventre pour soulager ses douleurs insoutenables. Sa rate était tellement gonflée qu’elle comprimait tous les organes de son corps. On aurait dit qu’elle était enceinte de neuf mois. Elle est morte quelques jours plus tard, au milieu de la nuit. Elle n’avait pas trente-sept ans.

Pendant la maladie de Maman, nous avions, bien sûr, une bonne. Son nom était Schauder. Elle avait à peu près trente ans et croyait sans doute pouvoir se marier avec Papa. Nous, les enfants, nous essayions d’imaginer comment nous nous comporterions avec une belle-mère, si jamais nous devions en avoir une. Moi, je voulais clouer sa jupe à sa chaise pour qu’elle ne puisse pas nous attraper. Non seulement nous nous rappelions toutes les histoires de marâtre des contes de fée, mais nous inventions les nôtres. Fräulein Schauder, notre bonne était d’une "délicatesse" telle qu’elle a teint nos vêtements en noir une semaine avant la mort de Maman, et cela devant elle, pour que nous soyons prêts pour l’enterrement. Maman a dit qu’elle aurait au moins pu attendre qu’elle soit morte. Peu de temps après, elle nous a laissés en plan, et nous sommes restés seuls.

En 1938,  un mois avant le décès de maman, je suis la plus petite devant, avec papa, maman, mon frère Egon et ma sœur Edith, .

Martha Schmidtke -Déménagement à Harnischdorf

Avant de partir au travail, Papa m’a dit un jour qu’il ramènerait quelqu’un le soir. Il est arrivé très tard, et j’étais au lit depuis longtemps. Il m’a appelée pour me présenter notre nouvelle bonne. Je n’oublierai jamais ce tableau : elle était assise sur une chaise, la tête penchée de côte, et me regardait sans expression,
comme une bécasse. Il a fallu que je lui serre la main et que je lui dise bonsoir, comme c’est l’usage. Moi, je ne souhaitais qu’une chose, retourner aussi vite que possible dans mon lit. Cest comme ça que Martha Schmidtke est entrée dans notre maison et dans notre vie. Vite, je me suis aperçue qu’elle était davantage que notre Fräulein : elle était venue pour remplacer Maman. C’etait en automne 1938, j’avais juste dix ans.

Nous, les enfants, nous ne faisions pas attention à la situation politique. Le ler septembre 1939, jour de mon onzième anniversaire, a commencé la deuxième guerre mondiale. Le lendemain, Papa a été mobilisé, parce qu’il n’avait pas encore quarante-cinq ans. Quelques jours plus tard, ce fut le tour de notre instituteur. Il ne devait jamais revenir. En novembre, Papa est venu quelques jours en permission. Lui et Martha se sont mariés en vitesse, pour profiter de la dispense de formalités en faveur des mobilisés.

Papa était parmi les troupes Allemandes sur le front de Pologne

Papa est reparti à la guerre. Il était sur le front de Pologne, dans le service de santé. Plus tard, il nous a raconté que les troupes polonaises résistaient très fort. Les Allemands avaient beaucoup de pertes et ils ont dû reculer. Des blessés suppliaient qu’on ne les abandonne pas. Les brancardiers sont allés les chercher sous les feux croisés qui les obligeaient à courir courbés. De cette façon, ils ont réussi à regagner leurs lignes. Mais après ça, Papa a ressenti de très fortes douleurs à la poitrine qui l’empêchaient de respirer. Son coeur n’avait pas supporté ces efforts extrêmes. On l’a renvoyé vers l’arrière, et après de nombreux examens médicaux il a été reconnu comme invalide de guerre. On ne l’a revu qu’à Pâques 1940. A la maison, l’attendaient encore l’arbre de Noël et ma petite sœur Margitta, née le 2 décembre 1939. C’est moi qui étais allée chercher la sage-femme. J’ai dû manquer l’école. ll fallait que j’aide aux travaux de la maison, laver les couches, etc. 

La vie à Harnischdorf

Ma belle-mère ne faisait que se plaindre de moi. Elle me grondait continuellement et me battait pour un rien. Cependant, je ne me suis jamais plainte à mon père. ll ne se passait guère de jour sans que je sois battue. Bien sûr, les coups n’avaient aucun effet sur moi.

Hitler avait décidé que chaque garçon ou fille âgé de quatorze à dix-huit ans devait travailler une année à la campagne. Pour les garçons, c’était la plupart du temps ce qu’on appelait un Arbeítsdíenst (chantier de jeunesse agricole). Nous, les filles, nous étions envoyées chez des fermiers. Mais, si ces demiers étaient sélectionnés selon leurs compétences professionnelles ou pour des raisons politiques, je ne sais. Cela ne m’interessait guère à ce moment là. Toujours est-il que j’ai été affectée chez le maire du village voisin, qui était charron et chef de la section locale du parti nazi. Ainsi j’ai commencé ce qu’on appelait la Pflichtjahr le ler avril 1943.

Sur cette photo d’un de mes premiers camps nazi en 1941, je suis à gauche.

Premier emploi

Papa s’est chargé de me procurer une place d’apprentie. ll m’a trouvé quelque chose dans l’administration militaire. Le premier mois, j’ai travaillé dans le même bâtiment que lui. Ensuite j’ai été transférée, car il était interdit qu’un père et sa fille travaillent dans le même service. J’étais avec une autre fille qui s’appelait comme moi Ruth. On m’a envoyée au service du ravitaillement, qui se trouvait derriere la gare. Malgré mes quinze ans, j’avais l’air d’un enfant, et là j’étais surtout avec des hommes plus habitués à avoir affaire à des soldats qu`à des fillettes. Nous, les filles, nous devions faire tout ce que faisaient les soldats. L’éducation physique était dirigée par un militaire.... ... Lire la suite


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