L’histoire du château de Navailles à Aubertin

05/07/11 – Le château d’Aubertin, plus connu sous le nom de château de Navailles, est aujourd’hui la propriété de la Cave Coopérative de Gan qui l’a acheté il y a peu de temps à  Francis Paul.

Son histoire reste mystérieuse, mais l’étiquette de la bouteille de Jurançon « Château de Navailles » fait état d’un camp romain fortifié au IIIe siècle, d’un château féodal au XIIe siècle, d’un château Renaissance construit au XVIe siècle par Jean d’Artiguelouve, acheté le 30 Juin 1640 par Jean de Navailles.

Même si aucun document n’atteste l’existence d’un camp romain ou d’un château féodal au XIIe siècle, il reste tout à fait possible qu’un château ait été bâti très tôt sur ce petit plateau qui surplombe Lacommande.

La généalogie de la maison de Faudoas signale qu’en 1338 Bertrand de Faudoas 1er du nom, fit un échange du château d’Aubertin en Béarn, diocèse de Lescar, avec frère Raymond de Gavarret, Commandeur d’Aubertin, Ordre de Sainte-Christine, au diocèse d’Oloron, pour le lieu de Sents en Gimois.

Il existait donc bien un château à Aubertin avant 1338. Des recherches seraient nécessaires pour connaître les propriétaires du château avant Bertrand de Faudoas et après le Commandeur Raymond de Gavarret, jusqu’à la reconstruction au XVIe siècle par Jean d’Artiguelouve.

C’est à partir de cette date que Jean-Claude Lassègues, dans un article publié dans le dernier numéro de la revue “Généalogie des Pyrénées-Atlantiques” éclaire notre lanterne.

François de Navailles achète donc, le 30 juin 1640, la terre et le château d’Aubertin à Jean d’Artiguelouve, marié à Jeanne Marie de Ravignan.

François de Navailles est né en 1590 de Perarnaud alias Pierre de Navailles, seigneur de Bérérenx, Florence et Mirepeix et de Suzanne de Sus. Il épouse en 1613 Jeanne de Saint-Martin, fille de feu Louis, seigneur de Saint-Martin de Seignanx, baron de Capbreton, vicomte de Biscarrosse. Ils ont neuf enfants qui naissent tous à Monein, sans doute au château de Florence.

Les armes des barons de Navailles, dont beaucoup sont enterrés à Mirepeix, sont « d’argent, à la levrette rampante et colletée d’azur, accompagnée de trois bouquets de cinq cerises chacun, au naturel, deux en chef et un en pointe » avec un cartouche qui porte la devise prémonitoire Aún no es todo habeado : Rien n’est jamais acquis.

Le fils aîné, Jean, meurt sans laisser de postérité et la succession d’Aubertin revient au fils cadet, Pierre, né le 26 décembre 1626 à Monein et qui se marie le 24 novembre 1650, également à Monein, avec Christine de Marca, fille de l’illustre historien Pierre de Marca et de Marguerite de Forgues. Cette dernière est elle-même native de Monein par sa mère Marguerite de Rodger. Il y a donc à cette époque un ancrage très fort des Navailles à Monein, communauté qui jouxte celle d’Aubertin.

Christine de Marca et Pierre de Navailles ont 3 enfants et c’est le fils aîné, Galatoire, qui reçoit Aubertin en héritage à l’occasion de son mariage avec Thérèse du Plaa qui a lieu en 1681, quelques mois après le décès de Pierre de Navailles.

On ne sait pas combien de temps les Navailles ont résidé en leur château d’Aubertin. Plusieurs ont servi dans les armées royales et d’autres, comme Galatoire, avaient des charges importantes au Parlement de Navarre. Ils disposaient de résidences plus commodes, en particulier à Pau. Néanmoins, Thérèse du Plaa a dû habiter le château d’Aubertin puisque c’est là qu’elle décède en 1722.
Parmi les 4 enfants de Galatoire et de Thérèse du Plaa, le fils aîné Pierre-Joseph meurt sans laisser de postérité et c’est à nouveau le cadet, Antoine-François, qui est l’héritier principal. Né en 1684, il mourra à l’âge respectable de 90 ans malgré une carrière militaire très active.

En 1741 c’est-à-dire à 57 ans, il épouse une jeune fille de 20 ans, Henriette d’Aspremont d’Orthe, dont il a 6 enfants qui naissent tous à Pau.

C’est son troisième fils, Louis-François, né en 1746, qui hérite d’Aubertin. Sa vie va être très mouvementée et finir tragiquement. Elle commence sous les meilleurs auspices lors de son mariage le 19 avril 1768, en l’église Saint-Martin de Pau, avec demoiselle Anne-Christine de Noguès d’Assat. Il n’a que 22 ans, alors qu’elle en a 33, mais elle apporte la seigneurie d’Assat et un héritage qui lui vient des Bidou de Saint-Martin d’Arberoue.

Un des rares témoignages de sa présence à Aubertin nous est fourni par un texte de l’abbé Bonnecaze :
« Aubertin est une paroisse appartenant à M. de Mirepeix, et dépend de La Comande pour le spirituel. En cette année 1773, les habitants d’Aubertin ont présenté requeste par devant l’Evêque pour obtenir une église dans leur directe. Ce qui leur a été accordé après la procédure de commodo et incommodo. Les décimateurs furent, donc, assignés pour se rendre sur le lieu et fixer l’emplacement de la future église. M. de Mirepeix, seigneur et part-prenant à la dîme, s’y rendit le lundi de la Pentecôte 1773. La Communauté délibéra en présence du dit seigneur et le local de l’église fut fixé et indiqué à 400 pas de la maison seigneuriale
on a de suite commencé à jeter les fondements de ladite Eglise. »

Louis-François de Navailles, appelé ci-dessus M. de Mirepeix, tient manifestement à avoir une église près de son château, contre l’avis des Barnabites qui veulent continuer à maintenir une seule église à La Commande. Une chapelle sera construite près du château de Navailles, mais elle ne survivra pas à la Révolution.

Louis-François de Navailles a par ailleurs beaucoup d’activités qui le retiennent à Pau. Il a été admis aux Etats de Béarn le 21 avril 1768 comme seigneur de Marsillon et le 11 janvier 1774 pour la seigneurie de Mirepeix. Il fait partie de la députation envoyée à Paris, par délibération des Etats de Béarn, le 31 janvier 1775 afin de présenter à Sa Majesté le cahier des griefs du pays de Béarn.
Cependant, un tournant important se profile dans sa vie. Après lui avoir donné une première fille en 1770, Jeanne-Victoire-Henriette, son épouse Anne-Christine de Noguès d’Assat décède en 1774, peu de temps après la naissance d’une seconde fille, Marie-Philippine. Est-ce la perte de sa femme qui l’a déstabilisé, ou l’accumulation de dettes, ou des problèmes de santé, ou tout à la fois ? Toujours est-il qu’un net déclin est amorcé.

Il afferme le château de St Martin d’Arberoue en 1782, Il vend à la Monnaie de Pau pour 24000 livres d’argenterie en 1786, et un peu plus tard pour 19000 livres, de sorte qu’il ne lui reste plus « que » 36 couverts.

Depuis 1783, sa santé nécessite la présence permanente d’une personne qui se nomme Catherine Benquet, native de Dax.

Le 22 avril 1789, il vend la terre et baronnie de Mirepeix pour 100 000 livres au seigneur de Coarraze. Il vend aussi ses trois maisons de Pau. Tout cet argent est nécessaire pour rembourser des dettes et constituer une dot pour sa fille Henriette qui s’est mariée en 1785 avec le duc d’Aiguillon.

A la Révolution, il se réfugie en Espagne, peut-être bien à Saragosse, ville natale de sa grand-mère Thérèse Du Plaa. Son château d’Aubertin est confisqué et vendu à Peyré le 1er novembre 1793.

Entre-temps, Louis-François de Navailles était revenu en France et il est arrêté sur dénonciation le 26 octobre 1793. Bien que sa santé soit de plus en plus précaire, il est incarcéré pendant la Terreur.

On ne sait pas quel fut le sort de François-Louis de Navailles, paralysé des bras et des jambes, jusqu’à son décès le 29 août 1800. Apparemment, Catherine Benquet continua à prendre soin de lui avec dévouement.

Lire le texte complet de Jean-Claude Lassègues