Souvenir de Jean-Louis Roujou

12/02/11 – Evoquant des souvenirs d’enfance, ce matin à Pau dans la petite cordonnerie de la rue Castetneau, Jean-Louis Roujou qui a la verve aisée, nous racontait en compagnie de son beau frère Manuel Rodriguez, une petite histoire de l’Entrain d’Aubertin.

-« L’abbé Cabanne est venu un jour chez nous avec sa 504 qu’il venait de stopper un peu en travers, en haut de la côte. A peine avait-il eu le temps de descende pour me parler, qu’on voit soudain sa voiture partir doucement. » 

L’abbé se précipité alors devant le véhicule pour tenter d’arrêter sa course, en le retenant de toutes ses forces avec son arrière train.

-« Dos à la 504, il faisait des petits sauts de cabris avec ses courtes jambes. »

Rien n’y fit.

Emportée par l’élan, la voiture lui passe sur le corps.

Horrible malheur ! Scène épouvantable devant ce garçon de 14 ans.

Affolé, Jean-Louis Roujou part à toutes jambes chez Malère pour téléphoner aux pompiers, docteur, gendarmes et tous les secours possibles et imaginables.

– « L’abbé s’est fait écraser par sa voiture ! »

Lorsqu’il remonte essoufflé en haut de la côte Pépicq, Jean Louis n’en croit pas ses yeux. Le curé est affalé sur une chaise, la bedaine ostensible et franche.

Affalé mais vivant !

Effondré pesamment, de tout son long, il tient volontiers sa tête courbée, les épaules un peu hautes, le dos rond, les bras ballants.

Puis, tout en sirotant une gnôle salvatrice que maman Roujou lui sert, le béret relevé en arrière d’une tête qui reprend peu à peu des couleurs, il répète à l’envie :

– « Oh ! Mon dieu !

– « Oh ! Mon dieu ! »

Il n’avait strictement rien, si ce n’est une belle frayeur.

Il n’avait strictement rien !

Rien de rien.

Seulement une certitude. L’assurance pleine et entière de l’exactitude d’une présence. Celle du bon dieu à ses côtés.

Ça c’est bien sûr !